De l'art dans l'ENTmip

Une dizaine d'écoles, de collèges et lycées du Tarn accueillent, depuis le début de l’année, des voyageurs biens singuliers : des œuvres d’art contemporain issues de l’artothèque du Département y élisent domicile le temps de quelques semaines. De ces rencontres entre les œuvres et le public des établissements naît un travail qui est enrichi et partagé grâce à l’ENT.


Exposition itinérante

Le projet, baptisé « de clou à clou » en référence à l’assurance qui protège les œuvres durant leur acheminement d’un lieu d’exposition à l’autre, est le fruit d’un partenariat entre le centre d’art Le LAIT (Laboratoire Artistique International du Tarn) d’Albi et le Département du Tarn. Le centre d’art a en effet pour mission de faire vivre une collection de quelques 400 œuvres acquises depuis 1994 par le Département, dans laquelle on retrouve des figures emblématiques de la création contemporaine : César, Di Rosa, Niki de Saint Phalle, Séchas, Villeglé…

Pour cette première édition du projet « de clou à clou », le centre d’art a choisi des œuvres de l’artothèque autour de la thématique du portrait, de l’identité et de l’intimité. Elles circuleront dans six collèges (Bellevue, Jaurès Albi, Augustin Malroux, Val Cérou, Pasteur, La Montagne Noire), trois lycées (Fonlabour, Rascol, Bellevue) et une école primaire (Rochegude). «Toutes ces œuvres, liées par une unité thématique, sont éclatées, fragmentées sur l’ensemble du territoire », explique Hélène Lapeyrère, responsable des jeunes publics au centre d’art le Lait et initiatrice du projet. « Il y a également une dimension dynamique, puisque ce sont les tableaux qui viennent à la rencontre de leur public. »

B.Rancillac  D.Tatah  K.Appel
Les œuvres de B. Rancillac (Sans titre), D. Tatah, (Sans titre) et K.Appel (Autoportrait)
 circulent dans plusieurs collèges et lycées du Tarn


Un travail artistique avec les classes qui s’appuie sur l’ENT


Chaque école, collège et lycée reçoit pendant l’année quatre œuvres, qui sont accueillies et mises en scène l'une après l'autre. « Les tableaux ne sont pas exposés en une fois », explique Hélène Lapeyrère, « ils restent environ un mois avant de passer dans un autre établissement ». Mais l’initiative de « clou à clou » n’est pas simplement une exposition nomade. La confrontation entre les œuvres et le public des établissements donne lieu, en effet, à un travail effectué en classe avec des professeurs de diverses disciplines, arts plastiques, langues, français, ou encore avec les documentalistes. Ce travail est accompagné par les médiateurs et les plasticiens du centre d’art qui interviennent auprès des classes deux fois dans l’année.

Plusieurs classes d’établissements et de niveaux différents sont ainsi amenées à réfléchir et à fournir un travail documentaire, littéraire, plastique ou scénographique autour d’une même œuvre. Les contributions sont consignées et partagées sur l’ENTmip, afin que chacun puisse avoir accès à ce qui a été fait par les autres. L'Environnement Numérique de Travail joue ici pleinement son rôle pédagogique, en devenant un lieu de ressources, de communication et d'échanges. Il favorise en particulier la continuité primaire-secondaire en permettant aux classes de CM1 et CM2 de Rochegude (Albi) de se connecter, et d'interagir avec les collèges, lycées et lycée agricole qui participent au projet. L'ENTmip fédère ainsi tous les acteurs impliqués dans cette initiative artistique : des classes de différents cycles et zones géographiques, leurs enseignants, et les partenaires culturels locaux qui les accompagnent.

Tout au long de l’année, chacune des classes peut se connecter au portail du Département du Tarn avec un identifiant spécifique, accéder œuvre par œuvre, aux contributions des autres établissements, et y apporter la sienne. Le croisement des disciplines et des points de vue permet de véritables innovations et nourrit la créativité des élèves.


Les travaux des classes sont consignés dans l'ENT œuvre par œuvre

Le travail effectué par les établissements sera ensuite rendu public sur le portail ENT du Département du Tarn. Une grande exposition réunissant à la fois les tableaux originaux et les productions des élèves qui en sont issues se tiendra également à l’Hôtel du Département durant la première quinzaine de juin.


Quelques exemples

Tout le cheminement des élèves autour d’une œuvre depuis sa réception par l’établissement, est décrit et partagé dans l’ENT : les émotions et réflexions que le tableau suscite, le travail documentaire sur l’artiste, comme les démarches artistiques des classes. La lithographie de Jean-Michel Alberola Remake II (1985) a ainsi été étudiée par des classes du collège de la Montagne Noire (81) en décembre dernier.

Alberola-Remake II
J.M. Alberola, Remake II

Exposée deux semaines au sein de l’établissement, l’œuvre a fait l’objet d’activités diverses : deux classes de 5ème se sont ainsi intéressées à la technique du monotype et du collage tandis qu’une autre propose une production en lien avec le thème de l’œuvre, « remake », en effectuant de nouvelles compositions du tableau et un travail autour de la mémoire visuelle. Dans l’ENT, on consigne également les difficultés que l’on rencontre, comme par exemple « faire une fausse giclure de peinture comme Alberola sur sa lithographie. »


un remake du tableau d'Alberola par un élève de 5eun remake du tableau d'Alberola par un élève de 5e avec le logiciel Paint         
Deux monotypes ( F. Azam et B. Ferriere) et
un remake de l’œuvre à l’aide du logiciel Paint. (V. Christopher)


La Classe à Horaires Aménagés Musique (CHAM) du collège s’est orientée vers la production d’une émission de radio autour de l’œuvre : reconstitution d’une visite au musée, élaboration et enregistrement d’un dialogue entre deux visiteurs en train de regarder l’œuvre, rencontre fictive avec l’artiste, ou encore écriture de l’histoire de l’œuvre. Les travaux des élèves mêlent différentes disciplines et différents supports, au croisement du papier, de la toile et du numérique.

La baignoire d’Agathe May a de son côté, inspiré les secondes professionnelles (production horticoles et animales) du lycée Fonlabour. Ils ont écrit des haikus, une forme de l'art poétique japonais qui capte le fugitif de l’instant en quelques vers très brefs. En voici quelques extraits :

A.May- La baignoire


« O bain bien aimé
Reflets bleus à son cou    
Ton sourire sournois

O bain bien aimé
De détente et de plaisir
Une femme rit

O bain bien aimé
Quand je viens me détendre
Tout me liquéfie

O bain bien aimé
S’écoulent mes pensées
Dans cet océan inerte » 
 

La même œuvre s’est ensuite retrouvée au Lycée Rascol d’Albi. A son contact, les 2nde6 ont effectué un travail autour de la versificationLa baignoire a ainsi été traduite en un texte poétique intitulé «Une blessure éternelle» qui commence ainsi :

Un soir d’été, minuit passé
Assise le regard figé
Le temps s’écoulait comme des larmes effacées
Le visage impassible, je m’entêtai
A observer cette eau hybride
Qui affluait par ce robinet tout à fait singulier
Mes cheveux raides et humides
Effleuraient mes joues entaillées
Comme chaque jour
Mon cœur devenait plus lourd
Trop de blessures dans mon cœur
 (…)


« Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination (…) notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force ». Cet aphorisme de Louis-Ferdinand Céline (incipit de Voyage au bout de la nuit) illustre à merveille l’initiative artistique nomade du projet « de clou à clou » qui fait entrer l’art contemporain dans les salles de classes. L'ENTmip est utilisé ici dans toute sa dimension pédagogique. Il joue pleinement son rôle de lieu de partage et d’échanges, et contribue à nourrir la créativité des élèves.  

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par les partenaires de l'ENTmip le 07 avr. 2014 à 17:48

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